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Archipel des Perhentians

 

Vendredi 22 Juillet Six heures.

Ma montre sonne. Pulau Perhentians, l’archipel des Perhentians… j’ai envie d’ajouter ENFIN !!

Mes envies de voyages naissent souventes fois de quelques mots et impressions lus ci et là. De mes nombreuses lectures, Perhentian en fut la première. Ma curiosité et mon intérêt pour la géographie, me pousse à emprunter à la bibliothèque le guide de Malaisie en 2003.

Je parcours les pages, en m’attardant sur les endroits conseillés par les éditeurs. Je cite : Pulau Perhentian, sacrées, joyaux du pays, les îles s’entourent d’une eau bleu outremer transparente et bla bla bla et bla la la…

 Des qualificatifs très accrocheurs, séduisants, excitants pour le passionné de fonds marins que je suis. Seul bémol, le paradis jouit d’une popularité grandissante auprès des voyageurs. Ne pouvant point se fier qu’aux dires d’auteurs se rendant tous les deux ou trois ans, j’affine ma recherche sur le net.

Les carnets et récits de voyages sont unanimes, l’archipel est décrit comme unique pour ses fonds … certains y passent une quinzaine voire davantage.

La Malaisie est grande et fascinante de diversités géographiques et culturelles ; nous n’y resterons que quatre jours, au risque de partir frustrés. On l’aura compris ; ces îles sont les soubassements, une des raisons originelles de notre venue en terres Malaises.

Direction Kuala Besut, le village embarcadère. Une heure de trajet.

Même si le quai n’est pas désert, le peu de monde est une agréable surprise.

                                   

 Une quarantaine de minutes suffisent pour laisser entrevoir les îles : Pulau Besar et Kecil, la grande et la petite.

 

Toutes deux se font face, un bras de mer les séparant. Les eaux sombres du large ne tardent pas à devenir translucides, le cadre est idyllique. Nous accostons sur Besar, pile poil en face du co-co Hut. Derniers efforts avec les bagages avant que l’on nous accompagne jusqu’à notre chambre. Les chalets sont simples et accueillants, mais l’appel de la découverte de l’île est plus fort.

 Nous ne trouvons pas de sentier tracé à partir du resort, ceux naissant ne mènent qu’aux décharges des restaurants en bord de mer. La luxuriance végétale semble rendre impénétrable l’intérieur de l’île. Alors nous faisons des plages notre chemin d’exploration.

 C’est vrai le cadre est enchanteur, magnifique. Besar possède tout du mythe de Robinson : eaux turquoises, palmiers, blocs de granit embrassant la mer de Chine…..mais…oui, il y’a un mais.

De baie en baie, de plage en plage, jusqu’à Teluk Dalam tout est souillé de détritus….Par endroit, c’est même un vrai dépotoir.. Plusieurs infrastructures hôtelières à l’abandon polluent visuellement la carte postale…. Quel gâchis, quelle tristesse. Pour ne rien avoir lu à ce sujet je suis surpris, un peu déçu.

Soyons positifs, Perhentian doit sa renommée à la qualité et à la richesse de ses fonds marins. A l’instinct, nous tentons une ronde subaquatique à partir de l’extrémité de la baie de Teluk Dalam. Belle baignade, pas de corail, pas de poissons, pas le bon endroit sûrement. Il nous faut once de temps pour réaliser que ce n’est pas à pied que nous découvrirons les trésors de l’archipel. Nous décidons de louer un bateau pour l’après midi.

Le chenal séparant la grande de la petite est si étroit qu’il ne faut pas quinze minutes au boat man pour nous emmener sur Kecil. Long beach et de Coral Bay. Les plages sont certes jolies mais à des années lumières de ce que nous recherchons. Les transats et les parasols fleurissent, les parachutes ascensionnels intègrent le paysage, la musique bat des records de décibel…. sans l’affluence mondaine de la sainte provençale, Kecil se Tropétize ! En dépit d’une fréquentation plus opulente que sa grande sœur, Pulau Kecil exhibe un littoral quasi impeccable. L’appel à la baignade est pressant, je file direct sur les spots que des internautes m’avait conseillé en commençant par Humphead hideout, D’lagoon et Batu Nissan….

Deux heures de nage pour un constat désabusé. Point de corail à rendre intelligent une huître, bien vu quelques poissons, un requin mais rien de bien extraordinaire, du moins rien de comparable à l’abondance qui avait été décrite…

Désenchanté, j’abandonne le masque pour la journée. Des deux îles, seule la petite abrite un village de pêcheurs.

Vues de Besar, les grosses bâtisses en dur donnent au Kampung prend les allures d’un village artificiel, sans âmes. Alors, village authentique ou pièges à nouilles ? Le boat man contourne le quai pour nous déposer directement sur le sable.

 - On prend les chaussures Yann ? me demande Isa.

Convaincu de trouver du goudron ou des aménagements de confort pour nos pieds douillets, je réponds :

 - pas la peine, laisse les dans le bateau…

La plage de notre débarquement est un véritable champ de mines ; chaque débris est une invitation malheureuse à s’embrocher ou à s’enferrer… En déraisonnables courageux nous poursuivons, tout de même notre découverte en baguenaudant dans les venelles sablonneuses du village. Pas l’ombre d’un commerce, aucun artifice, que du vrai. La courte allée principale mène directement aux habitations modestes pour une proximité certaine, les modestes maisons ne sont éloignées que d’un mètre par endroit. Malgré les sourires, Isabelle vit cette contiguïté comme une violation d’intimité, du voyeurisme. C’est la première fois que nous osons pénétrer un village de cette manière. Les images de ce quotidien rudimentaire sont fortes, inhabituelles.

              

 La nuit s’approche et puisque nous pouvons importuner, nous rentrons sur Besar…..juste avant l’orage.

Samedi 23 Juillet

Il a plu toute la nuit, mais le ciel du matin reste toutefois rassurant pour notre journée snorkeling.Le petit bonheur la chance, c’est terminé. Hier soir nous avons pris le temps de contacter un pêcheur local pour nous mener sur les spots les plus réputés de l’archipel.

Les popotins bien installés, le pêcheur trace directement sur le nord de Besar, au large de Turtle beach. Nous explorons quelques jolis jardins de coraux et excepté les méduses, la faune n’abonde pas.

Garden coral, shark point, twin rocks, stingray alley, les sites se suivent et se ressemblent…qualité des récifs nuancée ci où là. Le pêcheur lit notre déception sur nos visages.

 Et comme pour les autres points, la surenchère est de mise.

- The next one is very good. You will can see turtles.

Nous arrivons doucement dans une baie superbe, en arc de cercle : Perhentian Island resort, la plage ; dernier spot de la journée, le clou du spectacle peut être. Nous ne sommes pas seuls. Une vingtaine de bateaux à moteur, plus ou moins gros, sillonnent frénétiquement dans l’anse turquoise. Les passagers crient, sautent par dizaine du pont, c’est l’hystérie. Notre boat man imite les embarcations folles.

Tous traquent les tortues.

Quand une malheureuse pointe le bout de sa carapace, elle fait l’objet d’une pitoyable poursuite.

 La poésie s’envole, Perhentian n’est plus.

Nous ne pouvons, voulons pas rester un jour de plus ici. Nous quitterons l’archipel demain, pour rejoindre plus au sud Kuala Terrenganu.

Dimanche 24 Juillet

Nous sommes les champions du lever de camp, nous sommes fin prêts à sept heures; notre bateau n’arrive qu’à huit heures. La mer est d’huile ce matin, le vent a faiblit. Ce n’est pas du luxe. La charpente des embarcations n’est pas prévue pour affronter la houle, et de surcroît le quota autorisé de passagers est toujours explosé. Nous aurions pris au mieux des paquets de flotte…

Les pieds dans le bateau nous ne savons pas encore comment rallier Kuala Terrenganu. Bus, taxi ? On avisera.

 Sur le quai de Kuala Besut, plusieurs malais sont là. Des chauffeurs de taxi.

- Where are you going ?

- Kuala Terrenganu? How much to go there?

- Fifty Ringgits. Douze euros.

Deux heures de trajet. Cent vingt minutes de plaisir et de frustration. Nous changeons d’état.

La route est longiligne, large, rapide, superbe, dangereuse. Nous traversons un nombre incalculable de villages de campagne. Alors que les espaces sont généreux en second plan, les maisonnettes traditionnelles sont curieusement toutes en bord de nationale. Conduire ici demande une attention sourcilleuse. Les vaches franchissent nonchalamment la route, les enfants jouent dangereusement, les chèvres allaitent sur le bitume, les femmes cultivent ou tressent l’osier….un seul écart serait dramatique, fatal.

 Kampung Penarik, village à l’embouchure du Sungaï Setiu. Marrant de voir ce panneau. Le nez dans les bouquins, je n’imaginais pas l’endroit comme ça . Loin de notre destination d’aujourd’hui, le fleuve Setiu mérite aussi davantage qu’un détour. Il représente à lui seul l’un des principaux lieux de ponte des tortues vertes et des chélonées olivâtres, la plus petite espèce de tortue marine du monde. Situé entre marais et littoral, Setiu abriterait la plus grande colonie de tortues peintes (tuntung laut en malais) du globe. « Peintes » c’est bien entendu le terme scientifique, les malais ne s’amusent pas à badigeonner de gouache leurs tortues….

Faudra qu’on revienne par ici….

 Passé les nombreuses plantations de cocotiers et de casuarinas, les faubourgs de Kuala Terrenganu se dessinent. Carrefour inévitable de la côte est, Kuala Terrenganu est l’épicentre de l’artisanat de la société traditionnelle malaise. C’est peut être ici que je trouverais le fameux Keris, couteau des sultans. Nous choisissons un hôtel en plein centre, car il nous faut dès cet après midi organiser nos journées de demain.

Le soleil plein phare dans les yeux, nos têtes en fusion, nous marchons allégés de nos bagages dans des ruelles de saluts et de sourires. Le net vantait les prestations de l’agence « Ping Anchorage ». Les plans des guides sont bien construits, mais dans la pratique je suis perdu. Est-ce que la chaleur me ramollit les cellules grises ? Pas moyen de se repérer. Les rues décrites sont des chemins ; quand elles existent ; les bâtiments des baraques…faut qu’on s’adapte. Constat misérabiliste des plans imprimés de nos guides francophones.

J’entre dans une boutique, dont l’agence devrait se trouver. C’est la bonne rue, le faux numéro. Nous devons marcher encore quelques minutes sur le même trottoir, avant de tomber sur cette damnée agence. Néons au plafond, murs blancs sur lesquels de splendides photos sont encadrées. L’agence prend les allures d’une galerie pour vendre ses excursions. Les prestations sont chics mais les prix sont salés !!

Pulau Kapas. L’île de Kapas est accessible librement du continent mais le souci est de pouvoir y loger. Nous avons l’intention de profiter deux jours de cette île, décrite comme sauvage. Pas moyen de négocier avec la jeune femme. Ayant le monopole sur les hébergements de Kapas nous paierons le prix fort pour un package incluant la bouffe. Nous la réglons en coupure de 50 RM, ce qui représente une coquette somme d’argent pour une employée malaise.

S’y reprenant à maintes fois dans son comptage et de manière malhabile, la jeune femme attire mon attention. Garcimore ne ferait pas mieux, discrètement un de mes billets s’égare derrière un des classeurs posés sur son bureau. Je laisse l’apprentie magicienne aller au bout de sa démarche. Elle me réclame bien entendu un billet de plus. D’un œil riant jaune, j’invite la pauvrette à se retourner pour que son compte soit bon.

Notre porte monnaie s’est sacrément allégé ! Certain de ne rien trouver sur les îles, nous devons impérativement changer des devises ici. Dans le centre, plusieurs banques se partagent le bitume.Nous rentrons dans la « RB Bank », ils nous renvoie instantanément sur celle d’en face : l’ « Islamic Bank ». Celle-ci nous aiguille sur la Maybank près de Chinatown. Nous cherchons une banque, nous ne la trouvons pas.

- Oh !! Regarde ! C’est là…

Chez nous cela ressemble davantage à un kiosque à journaux, ou à un point de vente de tickets de bus. Plein de malais, peu d’intimité, guichet vitré. Le montant de la transaction sera connu de tout le monde. Peu rassurant. En attendant notre tour, je feuillette les pages du « routard ».

- Vous êtes français ? Nous interroge un jeune malais.

Dinie est ingénieur dans les télécommunications malaises, et étudie en France à Colmar depuis une année. Il est démonstratif et ne perd pas de temps à communiquer son enthousiasme quant à notre présence dans sa ville. Sa présence nous rassure aussi, elle pourrait dissuader certaines mauvaises intentions. Nous nous quittons après quelques échanges avisés, et par la promesse de se voir sur Marseille.

 Nous décidons d’aller flâner dans le marché de Kuala Terrenganu, et pour se faire il nous faut remonter la rue principale de Chinatown, Jalan Bandar. Plusieurs petits commerces s’y alignent, les trottoirs sont désertés. Certaines maisons portent encore les stigmates d’une présence colonialiste passée. La chaleur est abominable.

En prenant les ruelles étroites, à la quête de rencontres, nous quittons aussi le vent sans caractère de la grande rue. Les litres d’eau que nous avalons ressurgissent aussitôt en écume de sueur.Mon numérique souffre lui aussi, je ne peux même plus photographier tellement le degré d’hygrométrie est élevé ! Et vu l’écarlate de nos têtes ce n’est pas plus mal !

Juste avant d’atteindre l’esplanade accueillant le champ de foire, nous croisons encore plus rouge que nous. Des allemands.

Nous ne portons ni baguette, ni béret, pourtant ils s’adressent à nous d’emblée en français.

Stupéfaits.

La femme, dans un accent très prononcé, nous demande si nous savons où se situe la Maybank. Eux aussi se sont paumés. Le Lonely planet, version Goethe, semble aussi efficace que son homologue francophone pour « surprendre » le voyageur européen.

 Le marché central est au mitan d’une bâtisse bétonnée sans charme, sur deux étages comme à Bharu. C’est un lieu pittoresque, animé où se mêlent sourires, éventaires de poissons, d’œufs de tortues et étals de fruits. A l’étage, protégés des remugles, de belles collections de batik et de songket s’exposent. Dans une des petites boutiques, j’aperçois un Keris luk. Symbole de la culture indo malaise, cette dague a la particularité de présenter de magnifiques Pamor ; motifs dus à la combinaison des différents alliages ; sur une lame ondulée. Nous en achetons deux...